MARCO POLO, LES VOYAGES INTERDITS, T1
Mardi 5 août 2008La face cachée des aventures de Marco Polo
Gary Jennings (1928-1999) a littéralement arpenté le monde sur les traces exactes de Marco Polo pour écrire “Marco Polo, Les Voyages interdits”. Il est l’auteur de plusieurs bestsellers internationaux dont “Raptor” (inédit) et le célèbre “Azteca.”
“Les Voyages interdits” présentent une source quasi inédite sur l’histoire de l’Extrême-Orient que Jennings a enrichi de connaissances géographiques et culturelles dignes d’un anthropologue, tout en posant un regard libertin et impertinent sur les tabous de l’Occident. Un roman dépaysant, attachant, instructif, bien plus qu’une simple biographie de Marco Polo. En atttendant la suite…
Roman de Gary Jennings
Editions Telemaque
:: L’histoire ::
Marco Polo sur son lit de mort, est pressé par ses amis de confesser ses mensonges et affabulations.
Il leur répond : « Je ne vous ai pas dit la moitié de ce que j’ai vu et fait ! »
Première époque : Vers l’Orient (1271-1275) Des bas-fonds de Venise à la Chine de Kubilaï Khan, de la sensualité de Bagdad aux mille dangers de la route de la soie, Marco Polo révèle la « face cachée » de ses aventures, dans un récit picaresque, truculent et parfois terrifiant. Cet insatiable curieux, collectionneur de coutumes et d’expériences extrêmes, raconte enfin tout ce qu’il n’aurait pas dévoilé par crainte de heurter les sensibilités de son temps… et du nôtre.
sources : ©Telemaque 2008







11 août 2008 à 8:40
On arrive généralement à lire Jennings parce qu’on a lu “AZTECA”, et que cet ouvrage nous a marqué. J’avais lu ce chef d’oeuvre dès sa sortie en France, en 1984. Depuis, trois autres volets de la Saga Aztèque sont sortis (aux Editions du Rocher) : “L’Automne aztèque”, “Sang Aztèque” et récemment, “Rage aztèque” et l’on pourrait croire que cet auteur, grand connaisseur du sujet, n’en est jamais sorti, ce qui est faux.
Gary JENNINGS a su concilier la précision historique et ethnologique à la passion du curieux, et à l’humour : un cocktail assez rare ! Ses livres sont donc à la fois attachants (ses personnages sont souvent originaux, et certains sont inoubliables, comme le “Narine” du tome premier des Voyages Interdits), prenants, surprenants même (car ils donnent des indications rarement connues, fruit d’un travail de recherche dont l’exigence laisse pantois) et vous donnent une griserie, une excitation de lire que bien peu d’auteurs savent engendrer.
Dans ce livre-ci, écrit en 1984, on suit Marco Polo, fils d’un marchand de Venise évanoui quelque part en Orient (et par conséquent père très évanescent), dans ses premières années où, au lieu de se comporter en bourgeois aisé et héritier d’une juteuse affaire commerçante, il préfère devenir le compagnon de route d’une bande d’attachants petits vauriens des quais, auxquels il apporte son aide, et dont il apprend la “vraie vie”. Ce début du roman est l’occasion de découvrir Venise comme personne ne vous la décrit : avec ses éclairages fantomatiques, son histoire, ses fastes, ses fonctionnements déroutants (on peut y dénoncer anonymement tout fraudeur), sa prison redoutable, et Marco Polo va y vivre des émotions : accusé de meurtre, condamné à mort, libéré, il doit s’exiler.
Le départ vers la Terre Sainte (Saint Jean d’Acre est alors l’une des dernières villes résistant encore après la dernière croisade calamiteuse de Saint Louis, car nous sommes en 1271) est le signal d’un envol du roman vers la découverte fascinante de la civilisation du Levant. Excès des Croisés, magie noire des musulmans, détails de civilisation, tout est prétexte à Jennings pour nous surprendre et nous enchanter. On rit aussi beaucoup avec le personnage de Matteo, l’oncle de Marco Polo, un géant tonitruant qui n’a pas sa langue dans sa poche.
La suite nous emmène à travers la Perse (et ses Assassins détroussant les riches voyageurs, mais aussi ses délicates Princesses prêtes à vous dévoiler leurs charmes en même temps que les beautés de leur région), l’Irak actuel donc, puis l’Afghanistan et les cimes du Pamir (le “Toit du Monde”) où Marco devient progressivement un homme véritable et où les expériences les plus étranges et les plus redoutables s’enchaînent…
Il tue son premier homme, accouche péniblement lors d’une transe sous l’influence du haschisch, découvre les plaisirs charnels interdits aux chrétiens, voit disparaître un ami dans des circonstances épouvantables, et apprend à connaître les chameaux, dont le sens figuré se vérifie Ô combien dans la description détaillée qui nous est livrée !
On découvre les religions de l’intérieur (Islam, bouddhisme), la genèse de monuments comme la Muraille de Chine, formidable chef d’oeuvre de l’Inutile, et la fascinante Chine Mongole (régie à cette époque par Kubilaï, le petit-fils de Gengis Khan) nous est révélée dans un luxe de détails flamboyant, qui nous rend terriblement sympathiques ces Mongols souvent présentés comme d’effrayants guerriers assoiffés de sang. Le chef Kaidu, premier dignitaire que rencontrent les Polo, est un de ces personnages emblématiques qui ne peuvent s’oublier : terrible, impressionnant, magnifique et à la fois veule et intéressé, il augure bien des épreuves à venir, et nos voyageurs s’en sortent avec un mélange d’inspiration, de brio et d’humour que l’on savoure vraiment…
L’arrivée dans la troupe d’un personnage truculent, NARINE (car il n’en a plus qu’une, suite à des avatars qu’il vaut mieux ne pas expliciter ici) va mettre une touche irrésistible à la suite du récit, car ce “débris humain” au culot et au bagout incroyables est en soi une attraction dont le souvenir vous hante longtemps après avoir refermé le livre…
On ne peut plus voir l’Orient du même oeil après avoir lu ce livre. Et l’on n’a qu’une envie, découvrir les autres pans de l’Histoire qu’il a explorés, comme le règne de l’Empereur Ostrogoth Théodoric (454-526) dans “RAPTOR” ou la période allant des Révolutions de 1848 à la Guerre de 1870 en passant par la Guerre de Sécession (1861-1865) dans “SPANGLE”, où l’on suit les passionnantes pérégrinations d’un cirque américain jusqu’en Europe, en découvrant dans les moindres détails l’art des saltimbanques et du spectacle où sous les paillettes, le risque le dispute à la dextérité…
Qui n’a pas lu JENNINGS ne peut prétendre avoir goûté aux plaisirs extrêmes de la lecture. Quel dommage qu’il soit mort en 1999 !