Une étonnante tragi-comédie

Stefan Uher (1930-1993) réalise en 1962 « Le Soleil dans le filet », pièce maîtresse de ce qui deviendra, à sa suite, la nouvelle vague tchécoslovaque. Fort de ce coup de maître, il réalise ces 4 films, inédits en France, à la virtuosité plastique évidente, subtile et poétique. Cinéaste incontournable dans le paysage slovaque d après-guerre, il reçut de nombreuses distinctions dont celle de sa « contribution exceptionnelle à l égard du cinéma slovaque ».

Film slovaque de Stephan Uher
Avec Alzbeta Strkulova, Jozef Cierny, Ivan Rajniak, Dusan Blaskovic
Editions Malavida

::L’histoire::
Ruiné par la collectivisation, un vieil homme part sur les routes à la recherche de ses trois filles abandonnées à des couvents pour éviter l’héritage. Sœur Klemencia, la plus jeune, fait partie d’un groupe de nonnes participant aux efforts de la nouvelle collectivité. Mais les autorités du parti, dérangés par cet étrange mode de vie, voudraient dissoudre cette communauté. Klemencia, belle jeune femme, est mandatée pour les faire changer d’avis.
Avec l’entrée des « troupes amies » dans Prague en 1968, « Trois Filles » fut retiré de l’affiche. Méconnu, le film reste pourtant une étonnante tragi-comédie. Fidèle à ses interrogations et influencé par la modernité de Miklos Jancso, Uher joue sur de longs travellings pour dépeindre des communautés en apparence radicalement hétérogènes mais obligées de cohabiter.
Des personnages perdus, des idéologies en pleine confusion, des relations perverses où la tromperie se mélange à la séduction, Trois Filles est une nouvelle preuve de la capacité de Uher à insuffler des double sens et un sous texte dans chacune de ses œuvres. Mais le film est surtout un jeu sur les corps, les uniformes, les apparences et les relations entre les sexes. Dans un contexte de surveillance permanente et d’auto-censure, nombre des scènes sont saturées d’un érotisme diffus et subtil. Jouissif !
En supplément, le livret de 16 pages : Portraits de Stefan UHER, Alfonz BEDNAR, Stanislav SZOMOLANYI, Ilja ZELJENKA, Entretien avec S. SZOMOLANYI, Critique par KATARINA MISIKOVA.
sources : © Malavida 2013

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